Vous aviez juré de ne manger qu’un seul carré de chocolat, et voilà que la tablette a mystérieusement disparu ? Rassurez-vous, vous n’avez pas un problème de volonté. Vous êtes simplement victime d’un incroyable détournement cérébral qui remonte à l’âge de pierre. Plongée au cœur de notre plus douce dépendance.
Pourquoi devient-on accro au sucre ?
Soyons honnêtes deux minutes : personne n'a jamais eu une crise de manque irrépressible devant un brocoli cuit à la vapeur. En revanche, devant un fondant au chocolat ou une boîte de bonbons, notre maîtrise de soi a tendance à fondre plus vite qu'une glace au soleil.
Pourquoi cette injustice ? Pourquoi le sucre a-t-il ce super-pouvoir sur nous ? Pour le comprendre, il faut remonter le temps et aller secouer les puces de nos ancêtres les hommes préhistoriques.
Le bug de l'an 2000... version Homme des Cavernes
À l'époque de Cro-Magnon, trouver des calories était une question de survie. Les aliments sucrés (des baies sauvages, du miel) étaient rares et hyper-énergétiques. Quand un homme préhistorique tombait sur un buisson de framboises, son cerveau lui envoyait un message très clair : « Mange tout, tout de suite, avant que les ours n'arrivent ! »
Pour le récompenser d’avoir stocké de l'énergie, son cerveau sécrétait de la dopamine, l'hormone du plaisir et de la récompense.
Le problème ? Nous avons gardé exactement le même logiciel cérébral qu'il y a 20 000 ans. Sauf qu'aujourd'hui, le buisson de framboises a été remplacé par un distributeur automatique au bout du couloir et des supermarchés ouverts jusqu'à 22h. Notre cerveau continue de nous féliciter de manger du sucre, alors que nous n'avons plus du tout besoin de stocker pour survivre à l'hiver.
Plus fort que la cocaïne ?
Des chercheurs ont mené une expérience devenue célèbre sur des rats : ils leur ont donné le choix entre de l'eau sucrée et de la cocaïne. Résultat des courses ? 94 % des rats ont préféré l'eau sucrée.
Le sucre active les mêmes circuits neurologiques que les drogues dures. Plus on en consomme, plus le cerveau s'habitue, et plus il en réclame pour obtenir la même dose de plaisir. C’est le début de l’engrenage.
Comment sortir de la « roulette russe » du goûter
Maintenant qu'on a innocenté notre force de caractère, voyons comment fonctionne ce piège au quotidien et, surtout, comment on en sort sans pleurer des larmes de sirop de glucose.
L’effet « Grand Huit » (ou hypoglycémie réactionnelle)
Quand vous mangez un produit très sucré (un soda, une viennoiserie), votre taux de sucre dans le sang monte en flèche. Paniqué, votre pancréas sécrète une armée d'insuline pour stocker ce sucre. Le problème, c'est qu'il fait trop bien son travail : le taux de sucre s'effondre aussi vite qu'il est monté. C’est l’hypoglycémie réactionnelle. Une heure après avoir mangé votre beignet, vous vous retrouvez fatigué, irritable, et... avec une envie folle de remanger du sucre. C'est reparti pour un tour de manège !
L'ennemi public nº 1 : le sucre caché
Si on repère facilement le sucre dans un morceau de sucre, il se cache partout ailleurs. L'industrie agroalimentaire l'adore car il rehausse le goût et crée de l'addiction. On en trouve des quantités astronomiques dans les sauces tomates industrielles, les plats préparés, les soupes en brique et même le jambon sous vide ! Notre conseil : lisez les étiquettes et traquez la mention "dont sucres".
3 astuces pour négocier avec votre cerveau (sans frustration)
Appliquez la règle du « Gras et des Protéines » le matin : Remplacez les céréales industrielles ou les tartines de confiture par des œufs, du fromage, du pain complet ou des oléagineux (amandes, noix). Cela stabilise votre glycémie pour toute la journée. Adieu le coup de barre de 16h !
Attendez 15 minutes : Une envie de sucre (« craving ») est une impulsion qui dure en moyenne un quart d'heure. Quand elle survient, buvez un grand verre d'eau, brossez-vous les dents (le goût mentholé coupe l'envie) ou changez de pièce. Souvent, l'envie passe.
Réhabilitez le « vrai » bon sucre : Ne devenez pas un moine soldat anti-sucre ! Le but n'est pas de tout supprimer, mais de choisir la qualité. Un carré de chocolat noir à 85 %, un fruit frais de saison ou une poignée de fruits secs apporteront du plaisir à votre cerveau, mais avec des fibres et des vitamines qui ralentissent l'absorption du sucre.
Alors, on la range cette boîte de biscuits, et on va croquer une pomme ?