Métro, boulot, dodo… Chaque jour, des millions de Français enfilent leur manteau, attrapent leur sac et partent affronter un ennemi invisible : le trajet !
L’impact des transports sur la santé mentale
Qu’il s’agisse de bouchons interminables, des retards de train, des métros bondés ou des trajets en deux roues sous la pluie, ces moments de transition entre le domicile et le travail (ou les loisirs) sont souvent perçus comme une corvée. Pourtant leur impact sur la santé mentale est bien réel. Fatigue chronique, irritabilité, anxiété, voire dépression… Les trajets « toxiques » sont un fléau silencieux. Tous les trajets sont-ils à la même enseigne ? Quels sont leurs impacts sur la santé mentale ? Comment éviter ces effets négatifs ?
Chaque année les Français parcourent en moyenne près de 10 000 kilomètres pour se rendre au travail et y consacrent 255 heures. Cette « emprise massive » des déplacements quotidiens se traduit pour beaucoup sous forme d’une usure mentale.
Qu’est-ce qu’un trajet « toxique » ?
Pour de nombreuses personnes, la mobilité s’impose comme une contrainte que ce soit pour aller travailler, se faire soigner ou maintenir des liens sociaux. Et plus les distances sont longues, plus les effets négatifs se font sentir. Il est possible de ressentir ce que l’on considère comme le syndrome du « temps volé », des heures perdues. En moyenne, un Français passe 1h20 par jour dans les transports (Source INSEE 2023). Cela représente plus de 30 jours complets, soit un mois entier de vie passé à se déplacer ! Enorme !!! A Paris, les trajets en métro aux heures de pointe peuvent atteindre 1h45 pour seulement 10 km. En province, les bouchons routiers font perdre jusqu’à 2h par jour aux automobilistes (Source Waze 2024).
On se sent impuissant sur ce temps passé, ce temps perdu, et c’est ce sentiment de perte de contrôle qui est l’un des principaux facteurs de stress lié aux trajets.
Comment se manifestent les effets sur la santé mentale ?
A l’heure où la santé mentale a été choisie comme grande cause nationale pour la 2ème année consécutive, une étude de l’IFOP pour l’Institut Terram en 2025 met en lumière l’impact des transports sur la santé mentale.
Colère, stress, fatigue…41% des personnes souffrant de symptômes dépressifs estiment que leurs problèmes de déplacement en sont en partie la cause, et cela monte jusqu’à 43% pour ceux souffrant de stress et de burn out.
L’effet des transports quotidiens sur la santé mentale varie selon l’âge, le territoire (effets néfastes surtout en milieu urbain) et la distance parcourue. Ces effets varient donc en fonction des modes de transports et de la zone d’habitation. Dans les zones rurales ou périurbaines, il existe très peu d’alternatives à la voiture. L’éloignement des services, l’insuffisance de transports en commun peuvent conduire à un sentiment d’isolement, de solitude et donc générer de la dépression. En zone urbaine, en revanche, ce sont d’autres tensions qui se manifestent : trop forte densité, moyens de transports dégradés, bruit, promiscuité, incivilité facteurs de stress et d’anxiété.
La voiture avec 80% d’usagers réguliers reste le mode de transport le plus utilisé. Mais bien que dominante, elle n’est pas la plus apaisante ! Plus la distance parcourue en voiture est importante et plus les effets de la fatigue se font ressentir : 67% des répondants de l’étude mentionnée ci-dessous en font mention au-delà de 50km contre seulement 19% en dessous de 5km. Rajoutez à cela des conditions de circulation dégradées : non-respect du code de la route, incivilité et embouteillages… et vous avez le cocktail parfait pour un stress maximal ! Il en va de même pour les transports en commun avec des effets amplificateurs. Certaines lignes sont considérées comme anxiogène en raison de moyens de transport vieillissants ou mal fréquentés.
Les études sont formelles, les trajets longs et difficiles ont un impact direct sur notre bien-être et notre santé mentale. Les personnes subissant des trajets de plus d’1h30 par jour ont deux fois plus de risques de développer des troubles anxieux. Les retards répétés de trains, métros déclenchent des pics de cortisol, l’hormone du stress par excellence et les conflits dans les transports (bousculades, incivilité) aggravent l’irritabilité (Source Université de Montréal 2023). Par ailleurs, les trajets épuisants réduisent la qualité du sommeil et augmentent le risque de burn out. Selon une enquête de la Dares (2024), 1 salarié sur 5 attribue sa fatigue au travail à ses trajets !
Contraints et répétés, ces trajets ne relèvent plus du choix mais de la nécessité. La mobilité devient un fardeau invisible, un facteur d’épuisement chronique qui altère le bien-être mental.
Tout le monde est concerné !... Oui mais…
Tous les usagers ne sont pas égaux face au stress des trajets. Certains profils sont plus à risque et particulièrement vulnérables. Il est d’ailleurs intéressant d’observer que les transports du quotidien agissent comme un amplificateur de vulnérabilité : surcharge domestique, précarité, inégalités sociales et professionnelles, injonction à la disponibilité permanente.
Comment rendre ces trajets moins « toxiques » ?
Si malheureusement ces trajets ne sont pas évitables et si nous ne pouvons pas grand-chose concernant l’état des infrastructures, nous pouvons agir sur certains facteurs afin de les rendre plus supportables. Il est possible par exemple d’agir sur l’organisation :
Optimiser ses horaires : décaler ses heures de travail quand c’est possible pour éviter les pics de fréquentation.
Alterner les modes de transport en combinant vélo + train ou métro + marche ou encore covoiturage + marche.
On peut aussi essayer de faire de ce moment contraint un sas, un entre-deux propice à la réflexion, aux idées. « Habiter » son trajet plutôt que le subir. Se reconnecter à soi, observer ce qui nous entoure, rêver, permettre une purge de l’esprit. Ce moment peut devenir un espace d’introspection active, de méditation avec des applications ou des podcasts (Petit Bambou ou RespiRelax) ou encore de sociabilisation avec ses voisins de strapontins ou via les plateformes de covoiturage.
Les trajets du quotidien ne sont pas neutres : ils influencent notre humeur, notre niveau de stress et notre santé mentale. En prenant conscience de leur impact et en adoptant des stratégies pour les rendre plus agréables, nous pouvons transformer ces moments en opportunités de bien-être. Et si le trajet devenait le premier pas vers une journée plus sereine ?
Quizz
Pour savoir si vos trajets vous épuisent et découvrir des pistes pour les rendre plus supportables, faites le test 😉
1. Combien de temps passez-vous par jour dans les transports (trajet domicile-travail ou autres déplacements obligatoires)
A. Moins de 30 minutes B. Entre 30 minutes et 1 heure C. Entre 1h et 1h30 D. Plus de 1h30
2. Comment décririez-vous votre état d’esprit pendant vos trajets ?
A. Détendu, je profite de ce temps pour moi B. Neutre, c’est un moment comme un autre C. Stressé, je rumine ou je m’énerve (retards, foule, bouchons…) D. Epuisé, je compte les minutes et j’ai hâte que ce soit fini
3. A quelle fréquence vos trajets perturbent-ils votre humeur ou votre énergie pour le reste de la journée ?
A. Jamais ou rarement B. Parfois, surtout en cas d’imprévu (grève, accident…) C. Souvent, je commence ma journée en étant irrité ou fatigué D. Tout le temps, mes trajets gâchent mon moral
4. Comment gérez-vous les imprévus (retards, annulations, bouchons) ?
A. Je m’adapte sans problème, j’ai toujours un plan B B. Ça m’agace mais je relativise C. Je stresse et j’ai du mal à me calmer ensuite D. Ça me met en colère ou me décourage pour la journée
5. Avez-vous déjà modifié vos habitudes pour rendre vos trajets moins pénibles ?
A. Oui et ça a bien fonctionné (covoiturage, horaires décalés) B. J’ai essayé mais sans succès C. Non je ne sais pas par où commencer D. Non je subis mes trajets sans chercher à les améliorer.
Résultats
Majorité de A : vous êtes du genre « Zen Voyageur » Vos trajets sont plutôt une source de bien-être ! Vous avez su les apprivoiser et en faire un moment pour vous. Continuez ainsi et pourquoi pas essayer d’influencer votre entourage ?
Majorité de B : vous êtes un « voyageur résilient » Vous gérez mais il y a des marges de progression. Vos trajets ne vous épuisent pas encore mais ils pourraient le faire si rien ne change. Anticipez les imprévus et explorez les alternatives (télétravail). Essayez de descendre un arrêt plus tôt pour marcher 10 minutes ou rejoignez un groupe de covoiturage.
Majorité de C : vous êtes un « voyageur sous tension » ! Attention vos trajets commencent à peser sur votre moral ! Le stress et la fatigue s’accumulent. Il est temps d’agir pour éviter un épuisement à long terme. Essayez la méditation ou la respiration profonde pendant vos trajets, évitez les écrans et privilégiez la musique ou un livre pour laisser votre esprit au repos.
Majorité de D : attention ! Vous êtes un « voyageur en détresse » ! Vos trajets sont une source majeure de stress. Il faut agir vite. Cette fatigue peut avoir des conséquences sur votre santé (sommeil, humeur, relations). Consultez un médecin pour en parler surtout si vous ressentez de l’anxiété ou des signes de dépression. Explorez les alternatives radicales (déménagement, changement de travail…)
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