Mutélios fiches pratiques, groupe de personne

Recul de l’âge de la retraite : pourquoi cela pèse sur les cotisations des contrats collectifs santé

Le recul de l’âge de départ à la retraite ne change pas seulement la vie professionnelle des salariés. Il a aussi un effet direct sur l’équilibre des contrats collectifs santé, car il modifie la structure d’âge des effectifs et, avec elle, le niveau moyen des dépenses de santé. 

Pour une entreprise, l’enjeu est simple à comprendre : plus l’effectif vieillit, plus la consommation de soins augmente en moyenne, et plus le contrat santé devient coûteux à assurer. C’est ce mécanisme qui peut conduire, à terme, à une hausse des cotisations. 

Pourquoi l’âge compte autant ?

Les données publiques de la DREES montrent que les dépenses de santé augmentent fortement avec l’âge.
 

Source : SNDS, données 2023, calculs DREES Population hors bénéficiaires de la C2S.

Parallèlement, la DREES indique que le seul facteur de vieillissement de la population a représenté 28,3% de la hausse des dépenses de santé entre 2011 et 2015. 
Autrement dit, quand une population active vieillit, son profil de consommation médicale évolue. Ce n’est pas un phénomène marginal : c’est un déterminant structurel du coût des garanties santé. 

Un effet mécanique sur les entreprises

Dans une entreprise, quelle que soit sa taille, le recul de l’âge de départ à la retraite peut ralentir le renouvellement des effectifs. Les salariés restent plus longtemps en poste, ce qui élève l’âge moyen de l’entreprise. À effectif stable, cela signifie qu’une part plus importante des bénéficiaires du contrat collectif se situe dans des tranches d’âge où les dépenses de santé sont, en moyenne, plus élevées. 
Les mutuelles tiennent nécessairement compte de cette évolution dans l’équilibre technique du contrat. Si le risque moyen du collectif augmente, la cotisation peut être révisée au renouvellement pour couvrir le niveau de dépenses attendu. Le sujet n’est donc pas celui d’un “surcoût individuel” lié à l’âge, mais bien celui du profil global du groupe assuré. 

Ce que disent les chiffres

Quelques chiffres permettent de mesurer l’ampleur du phénomène. 

  • La DREES observe en 2023 que la dépense totale de santé passe de 2138€ dans la tranche d’âge 41-50 ans à 3098€ dans la tranche 51-60 ans soit une augmentation de 45%. 
  • Fin 2023, l’âge moyen de départ à la retraite est de 62 ans et 9 mois. Il a augmenté de 2 ans et 3 mois depuis 2010, principalement en raison du relèvement de l’âge minimum légal d’ouverture des droits à la retraite.
  • Le seul facteur de vieillissement de la population a pesé pour 28,3% de la hausse des dépenses de santé entre 20110 et 2015.

Ce que cela change pour les RH

Pour les dirigeants et les services RH, le sujet mérite d’être anticipé plutôt que constaté après coup. Un contrat santé collectif ne se pilote pas uniquement à partir du niveau de garanties : il doit aussi être lu à travers la structure d’âge de la population assurée, l’évolution de la pyramide des âges et les usages de soins observés dans le collectif. 

Concrètement, plusieurs questions doivent être posées : l’effectif vieillit-il ? Les départs sont-ils différés ? Les recrutements compensent-ils suffisamment le maintien des seniors ? Le contrat est-il encore adapté au profil réel des salariés et de leurs ayants droit ? Ces éléments permettent de comprendre pourquoi une cotisation augmente et d’identifier d’éventuels leviers d’ajustement. 
 

Exemple simple dans une PME

Prenons une PME de 80 salariés. Si son âge moyen augmente progressivement parce que les départs à la retraite sont plus tardifs et que les recrutements sont plus limités, la structure du risque santé du collectif change mécaniquement. Sans modification d’effectif, l’entreprise peut alors constater une hausse de sa sinistralité moyenne et, au renouvellement du contrat, une hausse de cotisation. 
L’intérêt de cette lecture est de sortir d’une logique purement comptable. Une hausse de tarif n’est pas forcément le signe d’un contrat mal géré ; elle peut aussi refléter une évolution démographique réelle du collectif assuré.
 

Comment mieux anticiper ?

La première étape consiste à suivre régulièrement l’âge moyen, la pyramide des âges de l’effectif et la structure des effectifs assurés (conjoints et enfants des salariés compris) : lorsque les salariés vieillissent, leurs ayants droit également ce qui peut amplifier le phénomène.
La deuxième consiste à vérifier si les garanties souscrites et la structure de cotisation correspondent toujours à la démographie assurée au sein de l’entreprise, aux besoins exprimés par les salariés et aux usages constatés. 
Enfin, il est utile d’anticiper avec un pilotage régulier plutôt qu’un simple renouvellement automatique du contrat.
 

A retenir

Le recul de l’âge de la retraite a un impact indirect mais réel sur les contrats collectifs santé. En prolongeant la présence des seniors dans l’entreprise, il fait évoluer l’âge moyen des effectifs et peut accroître le niveau moyen des dépenses de santé. À terme, cette évolution peut se traduire par une hausse des cotisations. 
Pour les entreprises, l’enjeu n’est pas d’opposer jeunes et seniors, mais de piloter plus finement le contrat collectif à partir de la réalité démographique du collectif assuré. C’est souvent ce regard d’ensemble qui permet de mieux maîtriser les coûts tout en préservant un bon niveau de protection pour les salariés.